Huit Jours en été by Patrick Cauvin

Huit Jours en été by Patrick Cauvin

Author:Patrick Cauvin [Cauvin, Patrick]
Language: eng
Format: epub, mobi
Tags: Roman, Contemporain
Publisher: JC Lattès
Published: 2011-08-21T01:37:34+00:00


VIII

BLEU de nuits épaisses, tentures lourdes d’outremer. La mer peut avoir cette couleur au fond des grottes italiennes. Est-ce bien bleu d’ailleurs ? Lorsque la soie se gonfle dans le vent, une goutte de sang se dilue dans toute l’étendue de la trame, et peut-être alors est-ce cela que l’on nomme indigo ; le sari frôle le violet sans cesser de marier le cobalt et l’améthyste. Je m’y perds ; jamais je ne saurai le décrire. Un nouveau chaque jour, une nouvelle musique. Il fut rose, blanc hier, et aujourd’hui ce sombre azur riche de tant de nocturnes profondeurs… Une nouveauté encore : au centre du front de Sanandra un cercle d’or, parfait et lumineux comme une goutte de lumière tombée entre les sourcils. Est-ce dû à ce soleil minuscule ? Jamais les yeux ne me sont apparus plus longs, les cils plus sombres… Une princesse d’autrefois. Etait-ce elle hier soir qui, pieds nus et jean taché, repeignait les murs de la villa Cenderelli ?

Mais, ce matin, l’enchantement commence.

Remparts de Ram Nagar aux murailles rouillées.

Sur l’autre versant du fleuve, très loin, il n’y a plus que le sable et l’eau. Même les tentes des nomades ont disparu, les bivouacs des chameaux sont derrière nous, les caravaniers noirs comme de l’encre chassent d’un geste lent les vols de corbeaux trop proches.

Il faut marcher encore sur les chemins de terre et, passé la boucle du fleuve, c’est la forteresse de pierre, la demeure des maharaja. Nous descendons vers la berge.

« Quatre-vingt-dix-neuvième chapitre : L’Inde et ses splendeurs disparues. Si vous n’aviez pas vu ce que c’est que la demeure de ce genre de personnage, nul ne voudrait croire que vous êtes venu ici et peut-être même vous feriez-vous insulter par vos amis. »

Des bateaux échoués dans la vase s’enfoncent doucement tandis que, du haut des tours, les busards s’élancent comme des pierres.

« J’ai vu l’un des derniers princes de Bénarès entrer dans le palais lors du mariage de son fils aîné ; il y avait quarante éléphants surmontés de palanquins d’ivoire et remplis de tout ce que l’Inde, du Rajasthan au Bihar, comportait de sang noble. J’avais quatre ans. Tous ruisselaient d’or. »

Voici l’entrée monumentale. Au-dessus des cours intérieures, un balcon de marbre blanc surplombe le vide, arachnéen, une toile de pierre, un tricot, une dentelle baroque, une fortune inutile et morte accrochée dans l’air devant les plaines désertes. Toujours cette impression de splendeurs gâchées alors que la mort guette… Qu’attendent ces arches d’ivoire lancées dans le brasier du ciel vide, à quoi sert ce déferlement de beauté dans ce pays malade…

A l’entrée, dans la guérite branlante, un soldat crasseux gratte ses orteils nus, le fusil entre les jambes. Un sac tremble contre le mur, il y a quelque chose dessous qui remue. La toile s’écarte…, un visage sort. Qui est-elle ? Je n’ai jamais vu cela, nous voici aux confins de la vie, il ne s’agit même plus d’elle… La tête est grise et molle, personne ne peut dire si elle



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